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Iran : où en sont les protestations, cent jours après le décès de Mahsa Amini ?

Par Louis Valleau- Le figaro

Une partie de la population iranienne ne décolère pas. Ce samedi 24 décembre marquait le centième jour des protestations suite à l’arrestation et la mort de Mahsa Amini en Iran. Le 16 septembre, cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée, trois jours après avoir été arrêtée à Téhéran par la police des mœurs pour «port de vêtements inappropriés», car son voile était «mal mis». Des manifestations, fortement réprimées, se poursuivent depuis.

Une répression telle, que le Pape François a évoqué pour la première fois l’Iran parmi les pays touchés par des tensions et des violences, lors de son traditionnel message de Noël ce dimanche. D’après l’Organisation des Nations unies (ONU) plus de 14.000 personnes ont été arrêtées parmi les protestataires. Selon Human Rights Activists in Iran, groupe qui surveille les protestations dans le pays, ce sont plus de 18.000 personnes qui auraient déjà été arrêtées. Plus de 500 manifestants auraient été tués, d’après ce même groupe.

Y a-t-il encore des manifestations ?

Depuis le décès de Mahsa Amini, la contestation ne s’arrête pas. Les manifestations continuent, «sous forme de vagues de protestations», assure Mahnaz Shirali, sociologue et politologue spécialiste de l’Iran et auteure de Fenêtre sur l’Iran : Le cri d’un peuple bâillonné (Les Pérégrines – 2021). «Dans certaines villes, la situation est peu agitée, dans d’autres il y a beaucoup de manifestations», complète-t-elle.

Selon elle, «le calme s’est installé dans les grandes villes». «On a l’impression que les manifestants s’y organisent différemment : ils se tournent davantage vers des actions de sabotage», ajoute-t-elle. A contrario, la sociologue iranienne installée en France assure que «la contestation s’intensifie lorsqu’on s’éloigne de la capitale Téhéran [située au nord du pays, NDLR] notamment dans les régions démunies de tout» et excentrées. Comme au Kurdistan iranien (ouest), région d’où était originaire Mahsa Amini.

D’après la chaîne d’information destinée aux Iraniens et basée à Londres Iran International , ce centième jour de contestations a donné lieu à de nombreux rassemblements dans plusieurs quartiers de Téhéran. Toujours selon Iran International, des manifestations ont également éclaté dans les villes de Mechhed (nord-est), Sanandaj (ouest) ou encore de Bandar Abbas (située sur le Golfe Persique, dans le sud).

En Iran, la contestation ne prend pas «encore la forme de manifestations de masse», affirme David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), rédacteur en chef de la revue « Orients Stratégiques » et auteur de La République islamique d’Iran en crise systémique (Harmatan – 2022).

La colère de rue, toujours menée par la jeunesse, est mobile, c’est-à-dire qu’elle peut prendre «dans un coin de rue, puis reprendre dans la ville d’à-côté». «Ils surprennent les forces de l’ordre, dès que celles-ci sont au courant de leur présence, les manifestants disparaissent»», résume Mahnaz Shirali.

Ce qui permet aux contestataires de se protéger face à une forte répression.

La répression s’accentue-t-elle ?

Car celle-ci s’accélère. «Le gouvernement iranien veut accentuer le risque pris par les manifestants», analyse Clément Therme, chargé de cours à l’université Paul-Valéry de Montpellier et chercheur associé à l’Institut international d’études iraniennes. La répression est donc lourde. «Il y a une férocité terrible dans les périphéries ethno-confessionnelles du pays, notamment dans les villes du Kurdistan iranien où les Gardiens de la Révolution utilisent des armes lourdes, avance David Rigoulet-Roze. Ce n’est pas le cas dans les autres villes dans lesquelles la répression n’est pas militarisée».

Dans les grandes agglomérations comme Téhéran, «une ambiance de terreur s’est installée», complète Mahnaz Shirali d’après qui «certains jeunes sont enlevés pour impressionner les autres protestataires». Selon elle, la «répression est de plus en plus forte» et «l’Iran n’a pas connu de crimes de ce genre» depuis au moins 1994, date depuis laquelle elle analyse la société iranienne.

Dans le même temps, les condamnations à mort s’accentuent. Depuis mi-septembre, l’Iran a prononcé la peine de mort contre onze personnes et en a exécuté deux. «Il y a de plus en plus de condamnations sommaires et les procès durent dix minutes», appuie Mahnaz Shirali.

D’un côté, la Cour suprême iranienne a ordonné que le rappeur Kurde Saman Seydi, menacé de peine capitale, soit rejugé, après que celui-ci avait fait appel de sa condamnation. De l’autre, de nombreuses personnalités ont été arrêtées pour leur soutien aux manifestants, comme l’actrice et militante des droits des femmes Taraneh Alidoosti. Le défenseur du club de football iranien d’Iranjavan Amir Nasr-Azadani est également menacé d’être exécuté, pour les mêmes raisons. «Le football tient une place majeure dans la culture populaire iranienne, y compris pour les femmes qui sont interdites de stade pour des raisons religieuses, explique David Rigoulet-Roze. Le régime procède de manière calculée avec les joueurs : toucher aux icônes du football aurait un écho profond dans la société iranienne»

Le 30 septembre déjà, les forces de l’ordre avaient tiré sur des manifestants rassemblés à Zahedan ville située au Balouchistan au sud-est du pays, pour protester contre le viol d’une adolescente de 15 ans qu’aurait commis un policier. Au moins 92 personnes avaient été tuées lors de cette journée baptisée «Vendredi sanglant» par les défenseurs des droits humains, d’après l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo (Norvège).

 

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