
Guerre Israël-Hamas: «Une catastrophe économique pour le Liban»
L’économie libanaise, déjà très affaiblie par une longue crise sociale et monétaire, est la plus exposée à la guerre entre Israël et le Hamas. D’après Fouad Zmokhol, président du Mouvement international des chefs d’entreprises libanais (MIDEL), le pays est déjà une victime collatérale d’un conflit qui affectera l’activité dans toute la région.
RFI: Le Liban est aux premières loges et même désormais impliqué dans la guerre entre Israël et le Hamas. Comment réagissent les entreprises et les décideurs économiques libanais ?
Fouad Zmokhol : L’économie libanaise n’a pas encore sorti la tête de l’eau après bientôt quatre ans de la plus grande crise économique, sociale, monétaire du monde, d’après les dires de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Le Liban n’a pas encore pansé ses blessures de la troisième plus grande explosion du monde du 4 août 2021. Et maintenant, on se retrouve pris dans des étaux régionaux, dans une guerre qui peut s’étaler et faire tache d’huile très facilement au Liban et dans la région. Nous sommes tous pris par ces images dramatiques de tous bords, bloqués sur nos écrans pour savoir quelle va être la suite. Mais personne ne se rend compte que les conséquences immédiates sont déjà dramatiques.
Quelles conséquences précisément ?
Nous avons un gel total de tout ce qui est investissement et un arrêt du tourisme dans cette partie du monde, au Liban surtout où l’on sort d’une saison estivale qui était plus ou moins positive. Après trois années de gel, on espérait avoir une saison estivale qui allait relier la période de fin d’année. Un pays comme le Liban réalise une très grande partie de son chiffre d’affaires et de son PIB dans les trois derniers mois de l’année. Et là, c’est complètement raté. De plus, le Liban a une économie basée sur le rapatriement et les transferts de ces immigrés qui viennent passer les fêtes pour voir leur famille. Tout cela tombe à l’eau et nous n’avons aucune visibilité. Nous avions déjà une perte de confiance à l’interne, là nous avons une perte de confiance régionale. Le meilleur scénario, c’est que les canons s’arrêtent avec un cessez-le-feu. Mais même le meilleur scénario est un mauvais scénario parce que la reprise, le réinvestissement, le tourisme prendront beaucoup de temps pour revoir le jour.
Craignez-vous une aggravation de l’inflation, une dépréciation supplémentaire de la livre libanaise ?
C’est une très bonne question, parce que nous étions plus ou moins dans une économie de reprise. Et là, nous basculons dans une économie de guerre qui signifie une augmentation des coûts de production, des coûts d’assurance multipliés par dix, une augmentation du prix du baril de pétrole et du gaz, des matières premières en général. Donc il faut prévoir une hyperinflation avec ce qu’on appelle une stagflation, c’est-à-dire une inflation combinée à une stagnation économique. Tous les secteurs confondus vont le payer et cela va être extrêmement difficile pour les Libanais parce que notre pays a perdu ses moyens de résilience. Nous sommes très fiers de la résilience libanaise, mais après cette crise économique et sociale, nous avons perdu le secteur bancaire. Il y a une volonté d’éviter le plongeon mais, de jour en jour, nous perdons les armes économiques.



